Extrait de l'Album
 KIRGHIZISTAN
Salamat Sadikova
La voix du Kirghizistan


 
Derrière le sourire généreux et la force tranquille de Salamat Sadikova, il y a une femme résolue à faire revivre la musique traditionnelle kirghize. “Mes chants portent l’amour et la nostalgie des villages de montagne, isolés, oubliés, même par les voix de ma propre terre”, explique-t-elle. Ici, à l’époque soviétique, on chantait accompagné de l’accordéon. Ces dernières années, la jeunesse se tourne vers la pop-music venue d’Occident. Pourtant, grâce au talent de Salamat, le komuz, sorte de guitare locale, a recouvré sa place dans la musique kirghize. Une musique, tantôt mélancolique, tantôt tumultueuse. L’expression de la culture des nomades d’Asie centrale, maintenant aux prises avec la troublante transition entre socialisme et capitalisme.
Née d’une famille modeste de Batkeg, petit village de montagne, Salamat a toujours aimé le son du komuz et les chants traditionnels. Elle avoue même que la musique lui a donné la force de vivre lorsque, à l’âge de onze ans, elle s’est retrouvée soudain orpheline. Il lui fallut alors fuir son village natal qui, plus musulman et plus conservateur que tout autre village kirghize, n’était pas favorable à l’épanouissement d’une artiste. La jeune fille réussit ensuite à s’inscrire dans un école de musique, travaille à l’usine, évite le mariage obligatoire... Puis elle revient à Batkeg pour faire sa place au sein de la maison de la culture du village. Là, elle sait qu’elle pourra enfin côtoyer les artistes régionaux et, peut-être, faire reconnaître son talent.
 
Ce temps-là est celui de Brejnev. La politique culturelle soviétique vise à bien séparer l’identité des multiples ethnies d’Asie centrale et les artistes sont encouragés. C’est ainsi que Salamat devient une star régionale. Et en 1981, elle participe au premier festival folklorique international organisé en Pologne. Son succès ne cessera de grandir. Elle portera bientôt les chants du peuple kirghize sur les scènes du monde entier.
 


Mais l’ambition de Salamat ne s’arrête pas là. Son art, son talent, elle veut les mettre au service de la paix et souhaite que les femmes seront de plus en plus nombreuses à le faire, sur les cinq continents. “Je me sens un peu un rôle d’ambassadeur de la culture kirghize, explique-t-elle. C’est une grande responsabilité, mais je l’assume et j’en suis fière”. En l’an 2001, elle enregistre son premier disque. “La voix du Kirghizistan” n’a pas dit son dernier mot...

 
 
Texte et photos
J. Ripart
 
Salamat Sadikova - The Voice of Kyrgyzstan : un disque produit par Mark A. Humphrey, Meend Music (BMI) (en anglais)